Le collectif 07 STOP AUX GAZ DE SCHISTE affirme son refus de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère et autres hydrocarbures dits non-conventionnels (gaz et pétrole de schiste, huiles lourdes, gaz de réservoir compact, gaz de couche, sables bitumineux ...) et de tous hydrocarbures dont l’extraction nécessite l’utilisation de techniques, quel que soit leur nom, nécessitant de fracturer, stimuler, acidifier ou encore de fissurer la roche et ayant pour conséquence de porter atteinte à son intégrité. Il s’oppose à l’aberration économique, sanitaire, environnementale et climatique aux conséquences désastreuses que constituent ces projets pour les départements impactés. Il promeut une transition énergétique et écologique.

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Rentabilité des gaz de schiste

lundi 18 mars 2013

RENTABILITÉ DES GAZ DE SCHISTE.

Retranscription écrite de l’émission de Thierry Gautier " Touche Pas À Mon Schiste " sur Radio M.
Paul Reynard, porte-parole du Collectif 07 nous parle de la rentabilité financière des gaz de schiste.

 

Nafeez Mosaddeq Ahme, directeur de l’Institute for Policy Research and Development de Brighton (Royaume-Uni)a rédigé un article dans le Monde diplomatique de mars 2013 intitulé :
Bouleversement énergétique ou feu de paille financier ?
Gaz de schiste, la grande escroquerie.

Cet article nous dit qu’aux Etats-Unis, le dilemme relatif à l’exploitation des gaz et pétrole de schiste n’a tourmenté ni les industriels ni les pouvoirs publics. En moins d’une décennie, ces nouvelles ressources auraient aiguillé l’Amérique sur les rails de la croissance, dopé l’emploi, rétabli la compétitivité.
A en croire les titres de la presse et les lobbies prédisant un essor économique dû à la « révolution » des gaz et pétrole de schiste le pays baignera bientôt dans l’or noir.

Mais Nafeez Mosaddeq nous pose la question : Et si la « révolution des gaz de schiste », loin de fortifier une économie mondiale convalescente, gonflait une bulle spéculative sur le point d’éclater ?
La fragilité de la reprise autant que les expériences récentes devraient inciter à la prudence vis-à-vis de tels engouements.

De nombreux articles et enquêtes qui effectivement posaient le problème de la rentabilité des gaz de schiste.

- En juin 2011, une enquête du New York Times révélait déjà quelques fissures dans la construction médiatico-industrielle du “boom” des gaz de schiste, en ébruitant les doutes nourris par divers observateurs, quant aux effets d’annonce des compagnies pétrolières soupçonnées de « surestimer délibérément et même illégalement, le rendement de leurs exploitations et le volume de leurs gisements  ».

- Début 2012, deux consultants américains tirent la sonnette d’alarme dans Petroleum Review, la principale revue de l’industrie pétrolière britannique.
Tout en s’interrogeant sur la « fiabilité et la durabilité des gisements de gaz de schiste américains », ils relèvent que les prévisions des industriels coïncident avec les nouvelles règles de la Securites and Exchange Commission (SEC), l’organisme fédéral de contrôle des marchés financiers.
Adoptées en 2009, celles-ci autorisent en effet les compagnies à chiffrer le volume de leurs réserves comme bon leur semble, sans vérification par une autorité indépendante.

Pour les industriels, la surestimation des gisements de gaz de schiste permet de faire passer au second plan les risques liés à leur exploitation.
Or la fracturation hydraulique n’a pas seulement des effets délétères sur l’environnement : elle pose aussi un problème strictement économique, puisqu’elle génère une production à très faible durée de vie.

- Dans la revue Nature, un ancien conseiller scientifique du gouvernement britannique, David King, souligne que le rendement d’un puits de gaz de schiste décroche de 60 à 90% au terme de sa première année d’exploitation.
Une chute aussi brutale rend évidemment illusoire tout objectif de rentabilité.
Dès qu’un forage s’épuise, les opérateurs doivent à toute vitesse en creuser d’autres pour maintenir leur niveau de production et rembourser leurs dettes.
Quand la conjoncture s’y prête, cette course en avant peut faire illusion pendant quelques années. Mais, combinée à une activité économique chétive, la production des puits de gaz de schiste - atone sur la durée, mais fulgurante à brève échéance – a provoqué une baisse spectaculaire des prix du gaz naturel aux Etats-Unis, passés de 7 à 8 dollars par million de BTU en 2008 à 3 dollars en 2012.

Le British Thermal Unit (abrégé en Btu ou BTU) est une unité anglo-saxonne d’énergie définie par la quantité de chaleur nécessaire pour élever la température d’une livre anglaise d’eau d’un degré °F à la pression constante d’une atmosphère. Le million de BTU, unité utilisée par les foreurs correspond à environ 300 000 Wh

- Les spécialistes en placements financiers ne sont pas dupes.
« L’économie de la fracturation est une économie destructrice, nous avertit le journaliste Wolf Richter dans Business Insider. Pour éviter que cette dégringolade n’entame leurs revenus, les compagnies doivent pomper encore et encore, en compensant les puits taris par d’autres qui le seront demain. Hélas, tôt ou tard, un tel schéma se heurte à un mur, celui de la réalité. »

- M. Arthur Berman un géologue qui a travaillé pour Amoco (avant sa fusion avec BP), se dit lui-même surpris par le rythme « incroyablement élevé » de l’épuisement des gisements.
Pour s’assurer des résultats stables, les exploitants vont devoir forer « presque mille puits supplémentaires chaque année sur le même site. Soit une dépense de 10 à 12 milliards de dollars par an…
Si on additionne tout cela, on en arrive au montant des sommes investies dans le sauvetage de l’industrie bancaire en 2008.
Où est-ce qu’ils vont prendre tout cet argent ? »

Mais alors, quels sont les effets sur les compagnies pétrolières ?
- La bulle gazière a déjà produit ses premiers effets sur quelques-unes des plus puissantes compagnies pétrolières de la planète.
En juin dernier, le président-directeur général d’ExxonMobil, M. Rex Tillerson a tenu un discours presque larmoyant devant le Council on Foreign Relations (CFR) l’un des think tanks les plus influents du pays : « on est tous en train d’y laisser notre chemise. On ne gagne plus d’argent. Tout est dans le rouge. »

- A peu près au même moment, la compagnie gazière britannique BG Group se voyait acculée à une « dépréciation de ses actifs dans le gaz naturel américain à hauteur de 1,3 milliard de dollars ». Le 1er novembre 2012, après que la compagnie pétrolière Royal Dutch Schell ait enchaîné trois trimestres de résultats médiocres, avec une baisse cumulée de 24% sur un an, le service d’information du Dow Jones rapportait cette funeste nouvelle en s’alarmant du « préjudice » causé par l’engouement pour les gaz de schiste à l’ensemble du secteur boursier.

- Chesapeake Energy, pourtant pionnière dans la course aux gaz de schiste, n’échappe pas non plus à la bulle. Ecrasée sous le poids de ses dettes, l’entreprise américaine a dû mettre en vente une partie de ses actifs – des champs gaziers et des pipelines pour une valeur totale de 6,9 milliards de dollars - afin d’honorer les traites de ses créanciers.

- L’analyste John Dizard observait dans le Financial Times du 6 mai 2012 que les producteurs de gaz de schiste avaient dépensé des montants « deux, trois, quatre, voire cinq fois supérieurs à leurs fonds propres afin d’acquérir des terres, de forer des puits et mener à bien leurs programmes. » Pour financer cette ruée vers l’or, il a fallu emprunter des sommes astronomiques.

Selon Dizard, la bulle gazière devrait pourtant continuer de croître, en raison de la dépendance des Etats-Unis à cette ressource économiquement explosive. « Compte tenu du rendement éphémère des puits de gaz de schiste, les forages vont devoir se poursuivre. Les prix finiront par s’ajuster à un niveau élevé et même très élevé, pour couvrir non seulement les dettes passées mais aussi des coûts de production réalistes. »

Il n’est pas exclu que plusieurs grosses compagnies pétrolières se retrouvent confrontées simultanément à une débâcle financière. Si cette hypothèse se confirmait, dit M. Berman, « on assisterait à deux ou trois faillites ou opérations de rachat retentissantes, en vertu de quoi chacun reprendrait ses billes et les capitaux s’évaporeraient. Ce serait le pire des scénarios. »

Les gaz de schiste ne sont donc définitivement pas un sursis face au pic pétrolier
L’argument selon lequel les gaz de schiste prémuniraient les Etats-Unis ou l’humanité tout entière contre le “pic pétrolier” relèverait du conte de fées.
Plusieurs rapports scientifiques indépendants parus récemment confirment que la “révolution” gazière n’apportera pas de sursis dans ce domaine.

- Dans une étude publiée par la revue Energy Policy, l’équipe de King parvient à la conclusion que l’industrie pétrolière a surévalué d’un tiers les réserves mondiales d’énergies fossiles. King et ses collègues récusent catégoriquement l’idée selon laquelle l’exploitation des gaz de schiste pourrait résoudre la crise énergétique.

- La New Economics Foundation (NEW) prévoit l’émergence du pic pétrolier pour 2014 ou 2015, lorsque les coûts d’extraction et d’approvisionnement « dépasseront le coût que les économies mondiales peuvent assumer sans porter un dommage irréparable à leurs activités ».

Conclusion
Il faut à tout prix que nos politiques consultent ces travaux !
Tous ces travaux n’ont retenu l’attention ni des médias ni des milieux politiques submergés par la rhétorique publicitaire des lobbyistes de l’énergie.
C’est regrettable, car leur conclusion se comprend facilement : loin de restaurer une quelconque prospérité, les gaz de schiste gonflent une bulle artificielle qui camoufle temporairement une profonde instabilité structurelle. Lorsqu’elle éclatera, elle occasionnera une crise de l’approvisionnement et une envolée des prix qui risquent d’affecter douloureusement l’économie mondiale.

Encore bravo et merci au Monde Diplomatique pour cet article : Gaz de schiste, la grande escroquerie

 

 

 

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